Sergio POLI
Linguistique française .1.
Communication

 

.1.

 

PREMIERE PARTIE : COMMUNICATION ET LANGUE

 

 LA COMMUNICATION

1. Communication  et langue

La langue –au sens de « langage humain »- sert surtout à communiquer : cette fonction insère la langue dans un vaste domaine, celui de la communication dont elle ne représente qu’un élément parmi d’autres. De même, la linguistique, qui étudie la langue, se trouve à côté d’autres sciences, ou disciplines, qui analysent les différents aspects –et les différents moyens- de communication, et qui peuvent aussi s’intéresser, de leur point de vue particulier, à des phénomènes linguistiques. Pour parler de linguistique, il faut donc d’abord parler de communication, et ensuite essayer de définir les frontières qui séparent une science de l’autre, leurs objets et leurs objectifs. Voilà, pour commencer, un petit glossaire.

 

• Communication : C’est la transmission d’informations. Ces informations passent de l’ émetteur (ou destinateur) au récepteur ( destinataire), et ce passage est possible grâce à des « signaux », constitués en « code » dont l’émetteur et le récepteur connaissent la clé.

Le mot « communiquer » vient du latin « communis », et signifie donc « mettre en commun ». La communication  présuppose que l’émetteur et le destinateur AIENT déjà  quelque chose en commun avant l’émission du message : le code – ou la connaissance du code – qui permet l’échange ; et qu’ils VONT AVOIR quelque chose en commun une fois le message parvenu : le contenu du message lui-même.

Les définitions de la communication sont nombreuses, ainsi que les théories qui ont été élaborées à ce sujet. Mais tout tourne autour de ces éléments de base. 

Voir à ce propos :

http://www.hackerart.org/media/comunicazione.htm

http://archivesic.ccsd.cnrs.fr/documents/archives0/00/00/02/66/sic_00000266_02/sic_00000266.html

http://www.tout-savoir.net/lexique.php ?rub=definition&code=1698

http://www.emerec.com/presdefcom.html

 

> Les éléments de base du processus de communication sont donc :
1. l’émetteur : la source qui envoie l’information

2. le message , contenant l’information

3. le récepteur : celui qui reçoit l’information

 

> La création du message peut se produire grâce à des supports et à des opérations :

A. les  supports :

1. le code : c’est un  support « systémique » fondé sur des conventions  Un système de signaux (de différente nature : sons, signes écrits, signaux gestuels,, symboles, etc.) obéissant à des règles dont aussi bien l’émetteur que le récepteur possèdent la clé ;

2. le canal : c’est un support physique, qui transporte le  signaux de l   source à la cible : le fil téléphonique, l’onde sonore, l’impulsion lumineuse.

 B.   les opérations :

1. l’encodage : procédé qui vise à donner à l’information  un « format » obéissant aux règles d’un code déterminé; cette opération est faite par l’émetteur ;

2. le décodage :   le procédé inverse, où le récepteur « interprète » de faç n  correcte les signaux reçus et comprend ainsi l’information.  http ://www.univ-tlse2.fr/erss/membres/tanguy/these/c1/node9.html

 C. le contexte : qui concerne d’un côté le cadre énonciatif (les énoncés qui précèdent et suivent le message) et le cadre situationnel général (la situation « physique et temporelle » dans laquelle le message est envoyé et reçu ; la situation « psychologique » de l’émetteur et du récepteur ; la situation « sociale » et les relations entre les deux, etc.)

 

 

 

• La communication humaine : la communication humaine a son centre la langue.  Du point de vue de sa structure, la langue  humaine n’est qu’un système de communication parmi d’autres ; les abeilles ont leur système pour communiquer la position  des fleurs à bottiner ; bien des espèces animales utilisent des systèmes de communication dont on peut prendre aisément conscience (oiseaux, chiens, singes, etc.).

Ces systèmes diffèrent par la typologies des signaux utilisés, par leur nombre, par la nature physique, etc.. Naturellement, il diffèrent aussi par leur complexité et par la gamme des possibilités qu’ils offrent : il n’y a pas de commune mesure entre les quelques cris composant le « vocabulaire » des oiseaux et les possibilités d’élaboration conceptuelle et dialogique de la langue naturelle des hommes.

Mais même en restant dans le domaine de la communication humaine, la langue n’est qu’un système parmi les autres, et il est difficile, dans les échanges communicatifs normaux, de la trouver isolée. D’autres « systèmes » -et d’autres codes-  intentionnels peuvent l’accompagner et renforcer les messages ; en outre, des éléments codifiés, mais non intentionnels, peuvent renforcer le message.

 http ://www.swiss-paediatrics.org/paediatrica/vol12/n4/langsig-fr.htm

http://membres.lycos.fr/clo7/expression/communication.htm

 La langue humaine se trouve donc le plus souvent  au centre d’un flux communicationnel complexe, qui se sert de différents codes et de différents canaux . Dans ce flux on peut distinguer :  

 

> la communication gestuelle, étudié par la kinésique : ce langage accompagne la communication verbale et qui vari  selon les peuples, les régions, etc.  (voir p. ex. la façon de nier avec un geste de la tête dans le Nord et dans le Sud d’Italie ; ou bien voir comme les gestes « natifs » des italiens ou des juifs sont variés quand ils sont émigrés en pays étranger. Comme la langue, les gestes sont le fruit d’une culture : quand on parle une langue étrangère on devrait connaître même les caractéristiques les plus importantes du langage gestuel « autre » ;

 http://www.ac-nancy-metz.fr/cefisem/docprimo/Questions/kineprox.htm

 

> la communication vocale non-verbale qu’on pourrait qualifier en général –mais pas toujours- d’ « indicielle » (voir après : « indice »), : tons, vitesse de l’élocution, qualité de la voix, emphase, etc. :

http ://www.erudit.org/revue/meta/1999/v44/n1/004642ar.pdf

 

> la communication spatiale, en général indicielle, analysée par la proxémique  qui étudie la relation entre les hommes par rapport à l’espace qui les entoure : distance réciproque, positions du corps et des différentes parties du corps, directions des regards, etc. La proxémique lie les études du comportement et la communication.

 http ://www-ihm.lri.fr/insitu/projets/mirrorSpace.fr.html

  

2. Le code et ses elements

 

Sur les termes suivants et sur leur sens, malgré un accord plus ou moins général quand on entre dans le domaine de la langue, demeurent des différences dues aussi bien aux points de vue divergents des spécialistes  de la même discipline, qu’aux différences entre disciplines pourtant proches (sémiologie et linguistique, par ex.), et/ou’à la pluralité de domaines auxquels un même terme peut appartenir (p. ex. « symbole »). On ne donne ici que des interprétations utiles pour  une compréhension de base.

 

• Code:  On peut le définir comme un système de “signaux” –ou (voir plus bas) de « signes » (comme on l’a vu, de différente nature : sons, signes écrits, signaux gestuels,, symboles, etc.) qui comprend

1. un répertoire des signaux eux-mêmes;

2. les règles qui régissent les relations mutuelles (règles de combinaison);

3. la correspondance entre chaque élément du répertoire et un signifié.

Cette dernière correspondance nous introduit dans un domaine complexe, où les choses ne sont pas ce qu’elles sont, mais renvoient à des référents “autres”.

 

En effet, le signe “X” d’un code représente un autre élément, “Y” . La même information, en outre, peut être transportée à l’aide de systèmes différents :  un pouce ou un index levés transporte l’information « un », tout comme le son « un », ou comme la graphie « 1 », etc. Chez les anciens romains, à l’arène, le pouce vers le haut donnait l’information « vie », le pouce vers le bas indiquait « mort ». Une raie blanche sur un disque rouge au coin d’une rue donne l’information « sens interdit », etc.

 

Cette capacité de transformer  un objet, un son, en un signal de quelque chose d’autre, c’est- à- dire en « signe » est à la base non seulement de la communication, mais de l’intelligence, de la mémoire, de l’imaginaire et de toute la civilisation humaine. A des degrés différents de conscience, on pourrait émettre l’hypothèse que c’est une caractéristique de la vie elle-même, du moins de la vie animale (non-végétative).

 

Les codes de communication sont énormément variés, tout comme les éléments qui les composent et qui transportent l’information. On peut essayer, toutefois, de classer ces éléments en grands ensembles On peut parler, en effet, d’indices, de signaux, de signes et de symboles. Tous peuvent être rangés sous la dénomination hyperonimique de « signes », même si la notion de « signe », dans le domaine de la linguistique, est très précise.

 http://www.l+inse.uni-essen.de/cell/french/downloads/readsampfr.pdf

 

A l’intérieur de cet ensemble on peut tracer quelques grandes distinctions : la première concerne ce qui n’est pas intentionnel et ce qui est intentionnel. La deuxième sépare ce qui n’est là que pour l’action de ce qui est là, aussi, pour la compréhension, pour l’évocation, pour la pensée.

 

• Indice: le mot vient du latin « index », le doigt par lequel on indique quelque chose à l’attention de quelqu’un. L’indice signale donc un élément souvent proche, qui n’est pas perceptible directement : un vol subit d’oiseaux est l’indice de la présence d’un prédateur ; un ciel nuageux est l’indice d’une pluie probable, etc. mais sa caractéristique est la NON-intentionnalité de la communication : c’est pourquoi l’indice ne fait pas partie d’un « code » . Il fait appel à :

1. notre « connaissance du monde » : il faut savoir qu’un certain type de nuages annonce la pluie  pour que l’indice-nuage « fonctionne » ;

2. notre « sensibilité » : il faut être attentifs aux indices possibles pour recevoir les informations qu’ils peuvent nous donner.

La non-intentionnalité est en effet liée à la relation émetteur-récepteur : l’émetteur (chose ou personne) ne veut pas s’adresser à quelqu’un ; c’est le récepteur qui, dans cette relation, joue le rôle le plus actif.

 

• Signal : le signal, au contraire est intentionnel : il est là seulement pour communiquer. Le clignotant d’une voiture signale l’intention de tourner ; un panneau routier peut signaler l’interdiction de s’arrêter, l’obligation de s’arrêter, le sens de circulation, etc. ; un drapeau rouge peut indiquer « danger » à la plage, etc. Les signaux sont des « stimuli », car ils veulent (ils sont intentionnels !) provoquer des réactions. Ils peuvent former des systèmes assez simples (les feux : 3 couleurs, trois injonctions) ou plus complexes (les panneaux routiers : des obligations, des interdictions, des indications).

  

Les indices et les signaux  sont exclusivement des « stimuli » : des instruments pour l’action immédiate, car ils poussent à une réaction : drapeau rouge= il ne faut pas entrer dans l’eau ; feu vert : on passe ; nuages et tonnerre : on cherche un parapluie.

Les signes et les symboles, au contraire, sont aussi un instrument de pensée : ils peuvent renvoyer à des situations intemporelles, à des états.

 http://mper.chez.tiscali.fr/cours/Epro/langage.html#Intro

 

 • Symbole : le symbole est intentionnel, et ce n’est pas un « stimulus ». Il évoque des états, des idées et d’autres éléments grâce à une relation conventionnelle et arbitraire, qui quelquefois (mais ce n’est pas obligatoire) garde un rapport analogique avec le référent . Son nom vient de « symbolon », qui en grec désignait un objet divisé en deux moitiés, que deux personnes différentes gardaient et qu’elles seulement pouvaient réunir.

 

La balance est par ex. le symbole de la justice : le lien analogique est avec l’idée d’équité représentée par l’équilibre des deux plateaux (les plateaux déséquilibrés évoquant non pas l’idée de justice, mais celle d’injustice) ; la colombe est le symbole de la paix, mais le lien avec la paix est beaucoup moins évident : d’un côté, en effet, elle représente la paix dans la Bible (paix de Dieu avec les hommes, après le Déluge), de l’autre elle était le symbole de la pureté et de la paix chez les Grecs anciens ; de l‘autre encore, dessinée par Pablo Picasso en 1949 pour un Congrès des Artisans de la Paix, entrée dans le premier drapeau de la paix en 1961, en Italie, elle a renforcé ce statut symbolique partout en Occident (en Orient, le symbole de la paix est souvent la grue).

 

http://www.paxhumana.info/article.php3?id_article=127

 

L’association entre symbole et objet symbolisé, malgré toute analogie possible avec la réalité physique, est surtout et toujours culturelle.

 

Le terme « symbole » couvre, au-delà de la linguistique et de la sémiologie, un champ sémantique très vaste, touchant :

- l’allégorie : en ce cas le symbole correspond à l’image sensible qui véhicule le contenu allégorique ;

- la poésie moderne, où le « symbolisme » concerne les relations mystérieuses qui relient les choses du monde entre elles et avec l’Eternel, que le poète seul sait déchiffrer ;

- certains rites, fondés sur des objets et des actes que les fidèles perçoivent comme une manifestation de l’être divin ;

- la psychanalyse, pour qui le symbole est ce qui manifeste l’inconscient ;

- la  linguistique, où il y a presque identité entre symbole et signe ;

- le langage scientifique, où « symbole » est tout signe graphique indiquant des éléments déterminés : symbole chimique, symbole cartographique, etc.

Voilà pourquoi le terme « symbole » est un terme difficile à définir exactement, et se confond parfois avec l’emblème, parfois avec l’allégorie, etc.

 

Signe linguistique: les ss.ll. sont intentionnels, symboliques (non seulement des « stimuli », et ils donnent vie à un système complexe.

Le signe linguistique a les caractéristiques suivantes :

1. il unit de façon inséparable (sans l’un il n’y a pas l’autre, et vice versa) une « image acoustique » (expression phonique) :                                le signifiant…

2. … et un contenu sémantique (un concept) :    le signifié

3. il est arbitraire : entre le signifiant et le signifié il n’y a pas de relation analogique (le concept de « chien » n’est pas lié au mot qui l’exprime : voilà pourquoi « chien » peut devenir « dog » , « cane » « perro », et  transmettre toujours la même information) ;

4. il est nécessaire : une fois choisi, à l’intérieur d’une communauté linguistique, il se lie obligatoirement à son concept ;

5. il est linéaire : il se déroule dans le temps. Deux unités ne peuvent pas se trouver au même point de la chaîne parlée ;

6. il est discret : il vaut pour sa présence ou pour son absence. On ne peut envisager « un peu » d’un signe linguistique. Ou « J’ai trois chiens » ou « J’ai deux chiens » : je peux en avoir un peu deux et un peu trois . Le même pour les composantes les plus petites de la chaîne parlée : ou « je veux un bain », ou « je veux un pain » ; je ne peux pas avoir quelque chose à moitié entre « b » et « p » : toute coexistence de deux signes discrets est impossible.

7. sa position est fonctionnelle : il n’es pas indifférent de le mettre dans une position quelconque de la phrase : « Jean fixe Marie » et « Marie fixe Jean » n’ont pas le même signifié.

 

Malgré toute une série de variantes, nous pouvons définir la Sémiologie (dénomination française ; Sémiotique pour les Anglo-saxons) comme la science qui étudie le fonctionnement des signes en général. La Linguistique, au contraire, s’intéresse aux signes linguistiques.

 

En réalité, les domaines des deux sciences se recoupent : les signes linguistiques sont des signes parmi d’autres, qu’on peut analyser sous l’angle général de la sémiologie ; d’autre part, le système linguistique est le système de signes le plus complexe, et quand on analyse les autres on ne peut éviter de passer par la langue (parce que sa complexité rend plus facile la compréhension des systèmes plus simples ; parce que tout système sémiologique, d’une façon ou d’une autre, « communique », donc « parle » ;  mais aussi parce que on ne peut que « parler » des autres systèmes) : voilà pourquoi on a souvent des hésitations quant à leur hiérarchie respective (Saussure : la linguistique est une partie de la sémiologie ; Barthes : le contraire, etc.)