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Résumés des romans de Sylvie Germain |
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Le Livre des Nuits
(1985) Au début, la souche,
Théodore-Faustin Péniel,
vit avec sa famille sur une péniche traînée par deux chevaux et il est clair
qu'il ne connaît que les « gens d’eau-douce » : enfermés dans un univers d'eau « ils ne connaissaient des hommes que ce qu’ils
connaissaient d’eux-mêmes » (p.16). La vie du personnage est bouleversée par
la guerre : il est blessé en 1870 par le coup de sabre d'un uhlan, et cette
blessure le projette dans la folie et la dualité : « La cicatrice qui
zigzaguait en travers de sa face semblait correspondre à une blessure bien
plus profonde qui avait dû trancher son être de bout en bout, et maintenant
il était deux en un » (p.48). Les caractéristiques fondamentales de la saga
familiale sont déjà esquissées : la dualité, la folie, l'empreinte de
l'Histoire dans l'existence des personnages, la violence[1].
Théodore-Faustin a eu un enfant avec sa fille et
cette union sera à l'origine d'une famille étrange, foisonnante, marquée par
la gémellité, le malheur, les passions aveugles. L'enfant porte, comme tous
les membres de sa famille, un double prénom, Victor-Flandrin,
et il sera le premier à abandonner l'eau pour la terre. Victor-Flandrin - surnommé d'abord Nuit-d'Or à cause d'une
tache d’or dans l’œil gauche, et ensuite Nuit-d'Or-Gueule-de-Loup
pour avoir réussi à apprivoiser un loup farouche qui hantait les campagnes de
Terre-Noire - s'installe à la campagne, se marie et
fonde sa famille. Il aura cinq femmes successives, mortes de manière
tragique, dix-sept enfants, tous jumeaux[2]
et tous marqués à l'œil gauche par la tache d'or paternelle. Les guerres accompagnent la vie de la famille avec leur lot de
malheur et d'horreurs et tous les événements racontés dans le livre prennent
sens et s'organisent en fonction des conséquences proches ou lointaines de la
guerre[3]
: au début de 1914, Blanche, la seconde femme, en proie à des hallucinations
et à des visions prémonitoires du conflit à venir, meurt d'effroi. Des deux
jumeaux, premiers nés de Nuit-d'Or-Gueule-de-Loup,
partis à la guerre, un seul reviendra ne sachant plus qui il est. La famille,
incapable de faire la distinction avec le disparu, le surnomme Deux-Frères. L'une des filles jumelles de Blanche, Violette-Honorine, mourra de la même manière que sa mère,
avant la fin de la deuxième guerre mondiale. La cinquième épouse
de Nuit-d'Or-Gueule-de-Loup mourra dans le camp de Sachsenhausen où elle avait été amenée avec ses quatre
enfants. Le père ne peut plus faire face à la douleur pour la disparition des
siens et va se perdre dans le bois après s'être réconcilié avec son passé. La
même nuit voit la naissance de Charles-Victor, son
petit-fils qui sera surnommé Nuit-d'Ambre. |
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Charles-Victor dit Nuit-d'Ambre
reste seul après la mort de son frère, événement qui ravage sa famille.
L'enfant se croit trahi et pour survivre à la douleur il crée un univers pour
lui seul, loin des autres, dont il refuse l'amour. Il devient le “Prince-Très-Sale-et-Très-Méchant” qui règne sur trois
royaumes : une usine (rouille et graisse), un dépôt d'ordures (décomposition)
et des latrines (où il découvre les mots grabouillés
sur les murs). Dans son enfance solitaire et hargneuse il apprend à se
connaître au plus profond de lui-même et à se suffire. Tandis
que la vie de la famille participe à la reconstruction de l'après-guerre, les
autres membres de la famille sont trop occupés à recomposer leurs existences
douloureuses et n'ont pas la force de s'opposer aux manies et à l'indépendance
de l'enfant : seulement sa petite sœur Baladine éveille son intérêt,
mais il ne réussira à établir avec elle qu’un rapport placé sous le signe de
la domination et de la contrainte et dépourvu d'amour. La
guerre, de la lointaine Algérie, frappe encore la famille et trouble les
existences : Crève-Cœur, un orphelin qui avait été
adopté, est appelé au front d'où il retourne en proie à la folie, causée par
les atrocités dont il a été le témoin. Ainsi
que pour son grand-père avant lui, le surnom du héros s'amplifie en Nuit-d'Ambre-Vent-de-Feu : chez lui la fureur l'emporte
sur tout autre sentiment et son incapacité d'éprouver des sentiment est
absolue. Nuit-d'Ambre-Vent-de-Feu va étudier à
Paris où il mène une vie solitaire se liant seulement avec des marginaux,
discutant et réfléchissant sur les grands thèmes de l'existence et élaborant
un vide autour de lui qui lui permettra de ne pas souffrir et de ne pas se
rendre compte de la souffrance qui se cache en lui. Pourtant, malgré lui, un
combat se produit dans sa conscience parce que le sentiment, le souvenir de
la blessure qui l'a marqué tente de sortir, de se frayer un chemin en lui,
mais il décide de tout cacher, de tout refouler au fond de lui-même : il
arrive jusqu'à tuer un copain qui lui avait inspiré de l'affection et qui
avait ainsi porté atteinte à sa conscience rendue opaque par le malheur. À
la fin, ce sera son enfant, naît d'une nuit de passion sans amour, qui
ouvrira en lui la porte à la tendresse et le conduira à l'apaisement. |
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Jours
de colère (1989) Encore
une fois la vie d'une famille est au centre du roman, mais la folie est le
thème que l'on saisit en filigrane pendant la lecture. Cette folie est
double, car dès le début deux personnages obsédés dominent la scène, l'un
positif, Edmée - qui croit que la naissance de sa fille Reine est due à une
faveur de la Vierge -, et l'autre négatif, Ambroise Mauperthuis
- qui a été amoureux de Catherine, l'épouse infidèle de son voisin et
concurrent Corvol, qui l'a assassinée, crime dont Mauperthuis a été le témoin - ; c'est donc autour de ces
deux personnages que tournent tous les autres. Auprès
d'Ambroise Mauperthuis nous rencontrons sa famille,
ses enfants Ephraïm qui épouse Reine-la-grasse,
contre le vouloir de son père, et Marceau qui est obligé par son père à se
marier avec Claude Corvol afin de se venger de son
ennemi juré, qu'il a d'ailleurs complètement ruiné. À partir des deux
ramifications de la famille Mauperthuis on entre
dans deux réalités différentes et opposées : Éphraïm et Reine auront neuf
enfants et vivront en harmonie et bonheur, tandis qu'entre Claude et Marceau
il n'y aura jamais d'autre lien que Camille, leur fille qui est l'exacte
réplique de sa grand-mère Catherine. Le
vieux Mauperthuis s'éprend d'une passion féroce
pour sa petite-fille ; il éprouve envers elle un désir maladif de possession,
la jalousie le harcèle et le rend malade surtout lorsqu'il découvre la
liaison entre Camille et Simon, fils d'Éphraïm. Le bonheur de la famille
s'éteint petit à petit, Reine meurt, Éphraïm entre dans un monastère et la
folie du vieux s'accroît : il séquestre Camille et l'enferme car il veut être
le seul à l'aimer. Seulement mettant le feu à la ferme la fille arrive à se
libérer, mais à partir de ce moment-là la folie se répand et les événements
se succèdent avec agitation : les deux jeunes amoureux se retrouvent et
vivent une dernière nuit d'amour avant que le vieux Mauperthuis
ne les retrouve et ne les tue pendant qu'ils sont en train de s'enfuir. |
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Opéra
Muet (1989) Gabriel est
photographe de profession, il vit seul après le départ de sa compagne et la
mort de sa mère. L'auteur nous le décrit comme un homme « minime » : « Il
était devenu à tel point un homme minime, transparent, il avait réduit sa
présence au monde à une si grande discrétion qu'il pensait avoir été oublié
par tous et par tout, et même par sa vieille maladie » (OM, p.). Il se poste
régulièrement derrière la fenêtre de son appartement pour regarder et
photographier le vaste mur du vieux bâtiment en face. Sur le mur, une fresque
publicitaire montre le visage du Docteur Pierre, et celui-ci devient petit à
petit l'interlocuteur privilégié de Gabriel « […] ce mur était son rempart
contre la ville, contre la foule, et ce visage était son horizon » (OM,
p.27). Le bâtiment est en train d'être démoli pour laisser la place à un
nouvel immeuble et le héros du récit immortalise par son appareil photo les
étapes de son démantèlement ; en même temps se produit aussi un éloignement
progressif de Gabriel de la vie : « Il fixait le mur d'un air d'enfant perdu.
Son paysage mural, qui était devenu avec le temps son paysage mental,
commençait à s'effriter » (OM, p.44). La disparition du Docteur Pierre
l'affecte donc énormément : Gabriel quitte le travail, l'asthme dont il avait
souffert pendant son enfance réapparaît, il est atteint d'une dépression
nerveuse, il cherche à réagir mais ne trouve pas en lui-même la force pour le
faire et sombre dans le désespoir le plus profond. La disparition du Docteur
Pierre fait resurgir les phantasmes du passé douloureux qu'il avait refoulés
jusqu'alors. Gabriel tente de réagir en observant comment les insomniaques
comme lui passent la nuit. Il décide de partir soigner son asthme et dans
l'agence de voyages rencontre une femme folle qui lui raconte la légende de
Gilgamesh et prétend en être la protagoniste. Le
héros décide de passer les deux semaines de congé à la maison et il sombre de
plus en plus dans ses souvenirs obsédants jusqu'à perdre totalement le
contact avec la réalité. |
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L'Enfant Méduse (1991) L'enfant en question
s'appelle Lucie Daubigné et, au début du livre,
elle est l'incarnation même de l'enfance heureuse : elle vit à la campagne en
contact direct avec la nature bienveillante, elle a un ami, Lou-Fé qui partage avec elle toutes les joies et
l'insouciance de l'enfance. Mais lorsque sa mère lui prépare une nouvelle
chambre à coucher, indépendante et loin des autres chambres de la maison, le
soleil qui avait souri à la vie de la jeune fille s'éclipse, car son
demi-frère Ferdinand commence à aller la voir la nuit et à profiter de son impuissance
pour abuser d'elle. À partir de ce moment-là la descente aux enfers de la
petite Lucie est terrible et extrême : l'enfance et l'insouciance
disparaissent aussitôt et ils laissent la place au désespoir et au désarroi,
elle perd d'abord la confiance en elle-même, ensuite celle en autrui. Sa mère - victime de
la guerre qui l'a privée de son premier mari, qu'elle revoit dans son fils -
préfère se laisser absorber par le « rêver-vrai »
plutôt que s'occuper de sa fille ; son père - personnage faible et falot,
victime de sa femme - vit enfermé dans sa chambre d'où il s'évade mentalement
sur les ondes de sa radio ; son ami Lou-Fé ne la
comprend plus : ils sont tous éloignés, absents, incapables de s'apercevoir
de la situation. Lucie devient solitaire, méfiante et méchante ; sa
métamorphose en Méduse est radicale, elle se transforme dans l'esprit et dans
le corps : elle décide, par exemple, de s'enlaidir dans l'espoir de ne plus
plaire à son « bourreau de frère », et elle change son regard qui acquiert le
pouvoir de pétrifier. En effet elle arrive à se débarrasser de son frère qui
est atteint d'une apoplexie et meurt. Mais ainsi que le frère, toute la
famille se fige : chacun se claquemure dans sa chambre et sombre dans son
désespoir. Ce n'est qu'une fois
devenue adulte que Lucie arrivera à oublier ou bien à pardonner, à se
réconcilier avec la vie, et cette transformation se produit par le biais de
l'art : en fait, c'est en regardant l'Annonciation de Taddeo Gaddi à Florence, qu'elle apprendra « la patience de
l'art » |
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Immensités
(1993) «
Prokop Poupa était un paria », ainsi commence le
roman, en mettant en évidence la condition humaine et existentielle dans
laquelle vit le héros : ancien professeur de lettres qui avait été contraint
d'abandonner son travail par le régime communiste, il avait été emprisonné
deux fois, et maintenant il est contraint de travailler comme balayeur dans
son immeuble pragois. Il vit seul, fréquente des amis qui, comme lui, ont
tout perdu et cherchent à résister à l'oppression avec les seuls moyens qui
leur restent : la réflexion, la discussion entre eux, la dérision, la
rêverie. Le lieu dans lequel Prokop exerce au mieux ces activités
intellectuelles sont les toilettes de chez lui, le
seul endroit où il se sent libre, et où il médite de plus en plus
profondément sur sa condition et sur son être au monde. En
fait, la vie extérieure du héros, son rapport avec ses enfants, ses amis, ses
supérieurs, est doublée d'une vie intérieure très active et dynamique en
pleine évolution et transmutation. Comme tout personnage sorti de la plume de
Sylvie Germain, Prokop parcourt la vie à la recherche d'un idéal de bonheur
ou plus simplement d'apaisement : et la révolution de “velours” n'arrive pas
à l'affranchir, car il a tellement changé qu'il ne peut plus retourner en
arrière, à son ancien travail, à son ancienne existence. Il se limite ainsi à
participer à la rédaction d'une revue littéraire et à poursuivre sa quête
ontologique. « Le livre, commencé en récit réaliste, dérape à mi-chemin, part
à la dérive dans un vaste lamento sur ce que Sylvie Germain, […] appelle le
désert de l'amour »[4].
La condition désespérée de Prokop empire lorsque son fils Olbram
émigre en Angleterre avec sa mère, car il sait qu'il ne le reverra plus. À
partir de ce moment-là le passé revient brusquement à la surface, le héros
prend conscience de la solitude affective absolue qu'il vit, et d'un immense
manque d'amour qu'il perçoit en lui-même mais aussi dans les gens qui
l'entourent : sa fille Olinka souffre pour la fuite
de son jeune amant, (tandis que la sœur de Prokop était morte d'avoir été
abandonnée par son mari) ; Marie, la première femme du héros avait
souffert car il l'avait quittée, tandis que, lui, il a souffert pour
l'abandon de sa deuxième femme, son voisin reste seul et désespéré à cause de
la mort de son chien… Mais
le deuil est seulement une étape du parcours de Prokop, à la fin il arrive à
comprendre que c'est seulement la compassion, au sens religieux, qui lui
permettra d'apaiser son âme, d'arrêter la recherche : il prend conscience de
la réalité du rien, de la totale absence de sens de l'existence, il comprend
que pour survivre il doit terminer son questionnement, renoncer à tout,
consentir à sa propre disgrâce. |
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Éclats
de sel (1996) Ludivk retourne à Prague après avoir passé une
longue période d'exil à Paris. Il a tout perdu, surtout l'amour d'Esther, qui
l'a quitté, et le goût pour la vie. Après son retour, sa condition
existentielle ne s'améliore pas : il a perdu toute estime de lui-même ; il ne
reconnaît plus la ville qui se modernise à une vitesse énorme ; il reprend
contact avec son ancien maître Joachym Brum, qui est malade et ne va pas survivre longtemps. Ce
sera une série de rencontres aussi hasardeuses qu'étranges qui changeront peu
à peu son état d'âme. En effet, de manière confuse et apparemment sans
rapport entre eux, toute une série d'hurluberlus croisent son chemin : un
jeune ouvrier, un employé de la caisse d'épargne, un kiosquier, un enfant de
la neige, une femme de salle, une veuve peu épleurée,
une maîtresse, et lui adressent des paroles et des discours qu'il ne comprend
pas, mais qui en même temps le froissent et le gênent. Ces rencontres sont en
fait des signaux, des secousses car tous déposent sur la conscience de Ludvik un éclat de sel qui bousculera sa mémoire et la
réactivera. Cependant c'est son ancien maître qui va jouer le rôle de
catalyseur : la lecture d'un message qu'il avait envoyé à Ludvik,
et que celui-ci n'avait pas compris d'abord, lui ouvrira les yeux en lui
permettant de regarder paisiblement au fond de lui-même et de se retrouver.
Le roman se termine par un éclat rire, celui de Ludvik
apaisé. |
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Tobie des marais (1999) Au
début du roman une image très significative montre le petit Tobie qui roule
sur son tricycle au milieu de la route sous un orage épouvantable. Arrêté par
deux automobilistes, il leur explique en pleurant qu'il est en train d'aller
au diable pour chercher sa mère. Le récit confus de l'enfant est pourtant
vrai, sa mère s'est tuée en montant à cheval, elle a été décapitée par un fil
de fer tendu et sa tête a disparu. Son père est allé la chercher et ne la
trouvant pas il en devient malade. Tobie et Théodore son père sont alors pris en charge par la grand-mère de Théodore,
Déborah, qui s'occupera d'eux, malgré ses quatre-vingt-dix ans et elle sera
le premier guide du héros. Une
fois l'intrigue mise en place, par une longue analepse
l'on apprend l'histoire de la famille de Déborah, polonaise. Après la mort du
père, sa mère avait tenté d'émigrer aux Etats-Unis avec ses deux enfants.
Déborah parvient seule au terme du voyage, mais elle est reléguée en
quarantaine dans une île à cause de l'état de ses yeux, rougis par les
pleurs. Revenue en Europe, mariée, elle erre pendant quelques temps puis se
fixe dans le marais Poitevin. Elle aura deux filles ; son mari mourra dans
les tranchées de la première guerre mondiale, et une de ses filles
disparaîtra pendant la seconde guerre mondiale en laissant son fils Théodore.
Celui-ci a presque cinquante ans lorsqu'il rencontre Anna, sa femme qui sera
tuée à cheval. Déborah voue aux morts de sa famille un véritable culte et
elle le transmet à Tobie. Mais le garçon, devenu adulte, a besoin de se
retrouver, de recouvrer le fil de son destin qui avait été coupé par la mort
de sa mère. C'est
la rencontre avec Raphaël, un garçon du même âge que lui, qui changera sa
vie, c'est grâce à son nouveau compagnon de voyage qu'il s'apaisera, qu'il
ouvrira son cœur et comprendra les leçons du passé. Enfin, la nouvelle
attitude de Tobie envers la vie servira aussi à délivrer Sarra
de la malédiction qui l'accable depuis son enfance : cette fille d'un
peintre célèbre que le jeune homme va voir avec son ami fait périr
involontairement tous les garçons qui l'approchent. C'est par la force de
l'amour, qu'il vient de découvrir avec Sarra, que
Tobie termine son voyage initiatique. |
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Chanson des Mal-aimants (2002) Enfant
albinos, Laudes-Marie Neige-d'août
a été abandonnée dès sa naissance dans un couvent. Très douée, enfant-génie au début, elle perd peu à peu ses dons à
cause des traumatismes qu'elle endure. En effet, elle passe d'une famille
adoptive à l'autre, sans jamais trouver un endroit où s'arrêter. Pendant son
enfance elle entre en contact avec toutes les couches sociales : elle grandit
dans les Pyrénées, chez la veuve d'un fusillé, parmi des enfants qui
attendent l'impossible retour de leurs parents chassés par la guerre, puis
dans une auberge où l'on pratique un culte de l'ours étrange et truculent,
ensuite dans un manoir où pèse un secret qui se manifeste sous forme de
cruelle mascarade. La jeune fille côtoie chaque fois la folie des autres, les
excès des gens qui l'accueillent chez eux et qui ne la considèrent comme
jamais faisant partie de leur famille. Deux
fois seulement elle cède à l'attrait physique, elle rompt la barrière qui
l'éloigne des autres, mais elle sera déçue par ses amants qui l'abandonnent
et jamais plus ne tombera amoureuse. Le seul sentiment qui la liera aux
autres sera désormais l'amitié pour des femmes qui partagent son travail. Pour
gagner sa vie elle sera servante dans divers hôtels, dans un bordel
champêtre, dans un bistrot de gare, puis à Paris où elle côtoiera des gens
insolites, parfois inquiétants, et où elle finira comme chanteuse de rue, à
côté d'un orgue de Barbarie. Dans
la splendide sauvagerie des montagnes et dans celle, bien plus féroce, de la
ville, elle ne cessera de creuser et de fortifier sa solitude, ainsi que son
don de compassion. Source : Elisa Bricco, Sylvie
Germain romancière des destins perdus et retrouvés, in Trois
études sur le roman contemporain, Bari-Paris, Schena-Presses de l’Université de Paris Sorbonne, 2004. |
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[1] Kwaschin, J., Noires clartés de Germain, “La Revue
Nouvelle”, Bruxelles, XCV, 1, 1992, pp. 92-97.
[2] Begue, S., “Le Livre des
nuits” de Sylvie Germain. Rôle du double et thème de l’initiation dans
l’œuvre. Différentes tentatives d’adaptation à la mort, in “Recherches sur
l’Imaginaire”, XX, 1990, pp.13-25.
[3] L'un des sous-titres
que J. Kwaschin utilise dans son article, Noires
clartés de Germain, cit., est La guerre, infernale matrice, ce qui
souligne le rôle fondateur de cet événement qui bouleverse profondément la vie
et la conscience de tous les personnages des deux premiers romans de S.
Germain.
[4] Fernandez, D., Capitale de la douleur, “Le Nouvel Observateur”, 1527,
10 février 1994, p.80.